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SRI LANKA • Un président qui en impose trop

Publié le par Boris61

Réélu pour un nouveau mandat présidentiel, Mahinda Rajapaksa est pourtant accusé de n'avoir pas respecté la Constitution et d'avoir corrompu les médias. Des menaces permanentes pèsent sur la presse indépendante, comme le confirme la disparition d'un journaliste depuis le 24 janvier.

29.01.2010 | Sri Lanka Guardian

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Mahinda Rajapaksa, Colombo, 26 janvier 2010

Mahinda Rajapaksa, Colombo, 26 janvier 2010

Après l'élection présidentielle du 26 janvier, les résultats ont été annoncés et le président sortant Mahinda Rajapaksa a été déclaré vainqueur [il remporte 57,8 % des voix].  Mais ce résultat est contesté par le candidat de l'opposition, le général à la retraite Sarath Fonseka [qui n'a remporté que 40,2 % des suffrages]. Selon les déclarations de ce dernier à la presse, le scrutin a été truqué, la violence utilisée tout au long des élections, les manœuvres de corruption ont été nombreuses, les médias, en infraction avec la loi électorale, manipulés en faveur du candidat sortant et ce dernier a allègrement utilisé les fonds publics pour sa campagne. Sur la BBC, Sarath Fonseka a précisé que ses informateurs le créditaient de 1,4 million de voix d'avance quand les résultats ont tout à coup été inversés, dans la journée du 27 janvier. Le décompte des voix a fait l'objet de graves falsifications, estime-t-il.

Si le commissaire électoral Dayananda Dissanayake [qui doit veiller à ce que les élections se déroulent dans la neutralité] a déclaré la victoire du président sortant, il a également précisé, sans s'embarrasser de circonlocutions, qu'il n'avait pas pu remplir ses devoirs avec la liberté qu'exige sa fonction. Dayananda Dissanayake a évoqué des menaces et humiliations contre ses agents et déploré le manque de coopération avec ses services, coopération pourtant exigée par le 17e amendement à la Constitution [promulgué en 2001, cet amendement met en place un Conseil constitutionnel chargé de limiter les pouvoirs du président et de désigner les membres des commissions indépendantes, telle la commission électorale]. Les abus commis par les médias d'Etat ont été dénoncés par le commissaire électoral.

Aujourd'hui, alors que sont contestés les résultats de l'élection présidentielle, le Sri Lanka s'enfonce dans une crise de confiance durable à l'égard du pouvoir. Le président lui-même, s'adressant à la presse après l'annonce des résultats, a déclaré que tous les citoyens sri-lankais étaient égaux devant la loi, à l'exception du chef de l'Etat. Des propos qui n'étonnent guère étant donné l'interprétation particulière de la Constitution de 1978 [qui place le président au-dessus des lois]. Les problèmes fondamentaux liés à cette élection ont été l'abus de pouvoir commis par les autorités et un recours plus qu'abusif aux ressources publiques. Autant de problèmes impossibles à résoudre dans le climat politique actuel. La corruption continuera donc de sévir dans le pays dans les années à venir.

Le plus inquiétant reste la multiplication des violations des droits de l'homme et du droit à la liberté d'expression au Sri Lanka. La disparition pendant la campagne électorale d'un journaliste aguerri, Prageeth Eknaligoda, du site internet indépendant Lankaenews, témoigne de la résurgence des attaques contre les journalistes. Le gouvernement n'a pu fournir aucune information sur son sort. Pis, il a même refusé d'entreprendre quoi que ce soit pour accélérer les recherches au motif que cette disparition pourrait être volontaire. Ce genre d'excuses a déjà été utilisé par les autorités lors de la disparition d'autres journalistes [depuis 2006, 14 journalistes ont été tués au Sri Lanka]. Parallèlement, trois sites Internet bien connus pour leurs propos critiques envers le gouvernement ont été bloqués et les militants de l'opposition politique craignent des représailles dans les jours à venir. Un climat de méfiance et de tensions domine à nouveau dans le pays.

De plus, partout où les Tamouls sont majoritaires, le gouvernement a perdu tout soutien durant le scrutin. On craint aujourd'hui que ne resurgissent les violences envers les minorités. L'élection a donc accouché d'une situation qui pourrait bien se traduire par une instabilité politique durable dans le pays.

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